Les Francophones

En 1891, la population du village se répartie à peu près également entre francophone (55%) et anglophone (45%). Cet équilibre démographique se modifiera définitivement à partir du moment où le développement industriel forcera les employeurs à recruter de la main-d'oeuvre à l'extérieur de Granby. Ces travailleurs, qui viennent surtout des villages et campagnes de Roxton, Milton, Stukely et Shefford, sont majoritairement francophones.

Les premiers à s'engager dans les manufactures se sont installés le long de la rue Saint-Joseph et à l'extrémité est de la rue Saint-Jacques, au coeur d'un vaste secteur inoccupé qui allait devenir le quartier ouvrier de Granby.

Entre 1893 et 1930, la demande en logement est suffisamment forte pour que l'on y ouvre huit nouvelles rues dont Johnson et St-George, tracées en même temps que la division de la propriété anglicane en 1893, suivie de la rue Empire quelques années plus tard. De son côté, la fabrique Notre-Dame obtient l'autorisation d'ouvrir le tronçon Saint-Antoine Sud un peu avant que James Horner fasse de même pour les rues Huntingdon (1897) et Clarence (1899).

Aussi, c'est à la suite de Paré, Monty et autres, que l'on retrouve les premiers leaders de cette communauté. Pierre-Ernest Boivin fait ses premières armes dans le commerce de la chaussure vers 1898, J.-H. Leclerc fonde la Granby Dairy en 1914 et J.-A. Bédard, W.P. Gingras et les frères Mercure occuperont une place importante dans le secteur de l'épicerie à partir de 1920. Pour supporter cet essor économique la banque Hochelaga, qui se spécialise dans le prêt aux petits commerçants, ouvre une succursale en plein coeur du "village français", au coin des rues Centre et Principale.

Photo: angle Centre et Principale vers le haut de la ville en 1925. À gauche, la Banque d'Hochelaga (1915-1925).

C'est maintenant vers l'ouest que s'étend l'activité commerciale. La croissance rapide du secteur compris entre les rues Principale et Cowie jouera un rôle important dans la transformation du visage ethnique du village en faisant passer la proportion des francophones à 90% de la population totale de Granby en trente ans. Au recensement de 1932, on ne compte plus que 1 344 anglophones parmi les 10 587 habitants du village. C'est donc dire que l'économie et la culture revêtent dorénavant un caractère francophone. À titre d'exemple, mentionnons la présence de l'entrepreneur Jean-Baptiste Langlois, de la firme Barré et Charron et du marchand de matériaux Albéa Messier dans le secteur de la construction ou encore de Roméo Robert et Paul Provost qui ouvrent le théâtre Cartier en 1934 et achètent le Palace cinq ans plus tard.

Bien que les racines de Granby soient anglophones, la communauté francophone a occupé une place beaucoup plus importante dans son développement que l'histoire a bien voulu lui attribuer jusqu'à présent.

Les informations et les photos que vous trouverez dans cette section proviennent du livre "De la "Main" à la rue Principale".
Société d'histoire de Shefford

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